Mes chers parents

S’ils étaient à l’écoute, consolants et aimants. S’ils ont bien répondu à vos besoins d’enfants. S’ils ont communiqué et écouté vos pleurs en faisant du foyer un doux lieu protecteur, vos parents peuvent être fiers ce fut un dur labeur.

Si trop souvent l’amour se mêle à la rancœur ou votre souvenir ressemble à la torpeur. Si « chez nous vous savez on parle pas de ça ». Ou si vous préférez ne pas communiquer. La blessure est ouverte et la souffrance tout près.

Je n’avais pas envie de mettre au pilori ces gens, devenus parents. Pourtant certains abîment, cassent et sacrifient pour des normes sociales ou un manque de bon sens, une innocence fragile, un bel être en puissance.

« Je lui dois tout. C’est horrible et pourtant c’est vrai. Je ne l’aime pas. Je n’en peux plus de ses appels. Elle veut qu’on parte en vacances ensemble. Mais je ne peux pas, je ne peux pas partir avec des gens comme ça. »

Ces gens qui lui rappellent combien mauvaise est-elle qui ne donne pas de nouvelles. Ceux qui font du chantage pour qu’elle se confie et qu’ils aient ainsi le sentiment malsain de contrôler sa vie.  Ces gens qui comptent sur elle comme sur une gouvernante. Ou encore ces parents qui se montrent si déçus qu’elle soit toujours toute seule, « incapable d’être en couple! ».

Parfois l’enfant arrive, le parent n’est pas prêt. Ou parfois il est prêt mais il ne sait pas vraiment combien lourde est cette tâche que d’avoir un enfant. Et c’est son enfant qui le saura pour lui, combien c’est difficile de lui devoir la vie. Parfois ils aiment vraiment, en nous tyrannisant.

Non ce n’est pas normal de manquer d’amour tendre. Ce n’est pas acceptable de ne pas vous entendre. Vous leur devez la vie mais n’avez rien choisi.

Vous n’avez pas choisi de perdre votre mère et d’être la seule fille dans cette famille d’hommes sûrs, où l’argent se fait rare et la violence facile. Vous n’avez pas choisi d’être au chevet chaque jour d’une maman dans son lit. De nourrir vos sœurs et bercer votre père. Vous n’avez pas choisi ce papa qui frappe, qui boit ou qui insulte, ou les trois à la fois. Cette maman si fragile et d’être sa béquille. Vous n’avez pas choisi cette jeune leucémie qui a pris votre père et laissé votre mère. Vous n’avez rien choisi ni même cette folie qui l’a prise par surprise.

Vous n’avez pas choisi d’être ainsi non chéri par des parents « normaux » qui ne boivent ni ne frappent mais qui ne vous voient pas ou qui vous aiment trop. Par ces parents tendus quand vous vous éloignez, stressés quand vous vous développez. Ils attendent tant de vous que vous désespérez d’être assez bien pour eux ou d’être un jour parfait.

A tous ces vieux enfants qui pleurent leurs parents, leur absence ou présence. A tous ces passagers qui ont les yeux gonflés de conter leur enfance. A ce Hansel cordial et cette Gretel déloyale qui ne mériteraient pas cet amour parental.

A ce fils sans valeur selon son cher papa, qui ne vaut pas un chien et n’est rien qu’un vaurien, qui visite sa tombe avec fidélité.

A vous tous qui souffrez de toutes ces maltraitances,

je suis émue pour vous.

Norvège, 2018

Encore mes yeux fragiles se mouillent à chaque fois. De voir la source d’amour pleurer du manque de bras. Du manque de câlins, de mots doux chuchotés. Du manque de bienveillance, et oui de la patience.

La nuit je berce souvent, mon enfant tout récent. Ma jolie petite fille qui a besoin de moi. Quand sur ses yeux baissés mon regard se repose je pense avec émois à ces enfants blessés.

Je le pense et le dis quand vous me faites face et que vos yeux s’abaissent par honte et par tristesse. Je vous aime chacun pour tout ce que vous êtes. Vous êtes uniques, blessés et repentant d’une faute non commise et pourtant assumée.

Je vous aime pour tous ceux qui ne vous aiment pas. Je vous aime à la fois car je ne le dois pas, car ce sont ces personnes sans responsabilités, qui m’ont aimée aussi plus qu’elles ne l’auraient dû.

Je ne jette pas la pierre à ces parents fragiles. Qui ne savent pas faire face à ce métier si beau. Ils sont si responsables qu’ils se sentent incapables. Et cette éducation qui doit poser les bases d’une vie épanouie devient vite le cauchemar d’adultes en arythmie.

Norvège 2018

Tous les moyens sont bons pour que l’on oublie tout. Oublier les propos si blessants, meurtriers. Oublier cette affreuse culpabilité. L’alcool, le Lexomil, l’automutilation. Parfois insuffisants, il ne reste qu’une option. Et quand ce n’est pas seulement pour capter l’attention, leur mort arrive trop vite quelle que soit la façon. Cette jeune fille perdue qui a trop de médocs. Cet homme peu assuré qui préfère la corde. Mais sans en arriver à cette extrémité, quel que soit mon passé je peux le dépasser.

J’ai le droit d’être là, et de te dire cela. Je suis juste ta fille et toute égale à toi. Ne me parle plus comme ça je ne l’accepte pas. Ces mots qui nous libèrent et qui nous font si peur, qui lorsqu’ils sortent enfin nous arrachent le cœur. Ce non à peine audible, ce « laisse-moi je suis grande », cette fuite incessante, ces oreilles qui se ferment.

Qu’est-ce qu’il est difficile de ne plus être docile. De ne plus faire les choses qui nous agacent tant. C’est tellement important. Tellement libérateur de dire non de tout cœur. De dire je ne veux pas ou je n’ai pas envie. De lui dire c’est ma vie et c’est moi qui choisis. Ça commence tout petit par un « non » tout discret. Ce « non » qui change tout amène l’affirmation. La réaction en face n’est pas toujours la bonne et ce qui nous étonne c’est qu’on s’en moque un peu.

Norvège 2018

Quand je sais lui dire non, quand elle se tait un peu. Que je lui dis merci et accepte sa peine. C’est bien à ce moment que s’envole ma gêne. Elle est déçue sans doute, je continue ma route. Car elle lâche les rennes et me voilà sereine.

A la question gênante de savoir si tu l’aimes, tu n’oses le blasphème. Libère toi de ça commence par t’aimer toi et le reste suivra.

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