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La perte de poids – l’illusion du Bonheur

“Opération renaissance”

Voici comme promis mes impressions personnelles et professionnelles en regardant opération renaissance hier soir sur M6. tout d’abord je ne peux pas ne pas m’arrêter sur ce titre racoleur et injurieux. Comme vous le verrez dans cet article c’est mensonger de vendre au téléspectateur le sentiment que ces personnes renaissent. Car si cela semble le cas pendant leur “transformation” ils auront alors une seconde mort lorsque 5 ans après le soufflé sera retombé car le travail fondamental non réalisé. Affaire à suivre.

Chers gros, je suis désolée

Dites moi, ai-je été la seule gênée de voir un jury de personnes minces regarder comme des bêtes de foire, défiler des personnes grosses mal dans leur peau ? Ou une présentatrice dire à une jolie femme, « oh tu me fais penser à un bonbon ». Whaaat ?? Ou « qu’elle est mignonne cette petite ». Plein de propos bien dévalorisants, infantilisants et humiliants. Sans oublier le petit aparté entre Karine Lemarchand et Cristina Cordula sur le fait que les femmes ayant des culottes de cheval sont intelligentes et Karine de dire « oh bha j’en ai pas qu’est-ce que ça veut dire alors » et partir d’un grand éclat de rire. Ouïe. Je me mets à la place des personnes ayant une culotte de cheval comme on dit affreusement et regardant cette émission.

Je suis vraiment désolée de ces deux femmes grossophobes se moquant ouvertement. J’ai honte pour elles. Je suis vraiment vraiment désolée pour toutes les jolies personnes grosses qui ont regardé cette émission. Je vous en prie ne croyez pas tout cela. Vous pouvez être fier et heureux tout en étant gros, vous pouvez avoir une sexualité épanouie contrairement à ce qu’en dit Karine à mi-mots. Vous êtes beaux quoiqu’en dise Cristina. Qui sous des airs de gentille mannequin bienveillante demande à Elody s’il y a des choses belles « quand même » chez elle et cette dernière avec sa magnifique confiance de répondre « mais bien sûr qu’il y a des choses belles en moi ». Ouf. Elody tu m’as sauvée.

Pourquoi cette émission consiste-t-elle à opposer les femmes obèses morbides avec des personnes minces (et snob) ? Ces personnes autour de la table se présentent limite comme l’idéal de ces pauvres personnes grosses. Pourquoi n’y a-t-il pas de personnes grosses autour de cette table ?

Perdre du poids pour être en bonne santé

Que l’on ne me réponde pas être mince pour sa santé car non ! Les gros ne sont pas plus malades que les minces ! Voyons !

Mais l’obésité se voit et se vend donc on en parle. J’aimerais savoir les maladies de chaque personne autour de la table pour voir. Ne serait-ce que Karine avec sa tumeur à l’utérus et Cristina avec sa tumeur au cou que l’on voit par sa cicatrice. Bizarre, elles ont eu de graves maladies qui tuent pourtant elles sont minces. Ok, ça me fait bizarre d’étaler leur vie ici, j’ai l’impression d’encourager le voyeurisme. Or c’est exactement ce à quoi elles participent via cette émission. Laisser croire qu’elles vont bien car elles sont minces. Et qui nous dit que ces personnes autour de la table se sentent bien ? Sont heureuses et épanouies ? On a juste été piocher des personnes obèses qui se trouvent ne pas être épanouies ni heureuses et on leur dit c’est à cause de votre corps.

Des stars minces plus crédibles

Connaissez-vous l’argument d’autorité ? C’est argumenter en montrant, citant, nommant des personnes qui paraissent avoir de l’autorité sur nous, comme une hiérarchie. C’est le cas des médecins, mais également des présentateurs ou des personnes renommées. Ces personnes deviennent donc des gourous à suivre. Dans cette émission chaque personne mince autour de la table et présentatrice, prend bien cette posture, en infantilisant les femmes obèses et ce à différentes reprises. Il aurait été tout autant crédible de mettre dans le jury des personnes un peu plus grosses. Ah mais à la TV le gros hormis morbide et mis en scène ne vend pas. Non parce qu’il y a des personnes grosses en bonne santé vous savez et bien dans leur peau. Mais encore une fois ça-ne-fait-pas-vendre.

Il est où le bonheur

Un été à Roubaix

Ici ce qu’on vend c’est le bonheur. Et le bonheur semble être la minceur. Une maman qui veut être fière d’aller chercher son enfant à l’école ne peut qu’être mince, une femme à la sexualité épanouie aussi. Un témoignage en début d’émission d’une personne qu’on imagine être en fin de parcours disant qu’elle se sent bien, belle, heureuse et épanouie. Ah oui mais c’est ce qu’on souhaite à chacune de ces femmes. Je ne dénonce pas le besoin qu’ont ces femmes à maigrir. Je comprends tout à fait leur croyance au fait que la minceur va leur apporter le bonheur car c’est une croyance véhiculée par les médecins, les stars qui perdent du poids et les médias.

Mais je condamne M6 qui alimente cette croyance qui détruit bien des corps à force de régimes yoyo et de culpabilité des gros. Je condamne cette émission qui vend du rêve à des personnes désespérées. Un eldorado de minceur, de joie et de représentation.

Oui, le poids c’est dans la tête

Le psychiatre de l’émission a eu une parole très juste au tout début. Il évoque la nécessité de résoudre la cause du stress avant de perdre du poids, avant l’opération. Et c’est bien le problème de cette émission. C’est que ce psychiatre semble avoir bien peu place dans le début vu que l’opération est réalisée en tout début de parcours comme élément déclencheur du bonheur. Laissant penser à tout à chacun que grâce à l’opération, je vais avoir moins faim, je vais moins manger, je vais perdre et je vais être heureuse.

Alors oui, c’est vrai. Je vais avoir moins faim, vrai également, je vais perdre du poids, logique. Je vais être heureuse, vrai également et c’est bien le piège ! La perte de poids de ces personnes qui paraissent tellement souffrir de leur poids va les soulager. Ouf ! C’est possible. J’y arrive ! Hop, l’estime de soi va faire un bond en avant, elles vont se considérer comme des personnes capables, fortes, comme des personnes bien.

Et après?

Mais ce qu’on ne dit pas et ce qu’on ne verra pas, c’est comme tout gagnant au loto, leur désespoir après tout cela, d’ici 3 ans, 5 ans, 10 ans. Quand le problème de fond n’étant pas soigné l’appétit revient. Les kilos avec. Car l’appétit n’est pas une question de grosseur d’estomac. D’ailleurs c’est surtout le foie qui a une place phare dans tout cela car n’oublions pas que c’est le foie le responsable des hormones donc sensations de faim de sucre et autres…

Alors vous pouvez me répondre mais il y a un travail psy qui est fait. Ah oui effectivement mais une fois que les kilos se perdent. Donc l’état d’esprit des personnes est complètement différent. Vous ne soignez pas de la même façon une personne qui veut perdre et n’y arrive pas que celle qui y arrive grâce à une opération. Tout comme je n’accompagne pas de la même façon une personne qui veut être en couple et une personne qui l’est et qui veut que ça dure. Logique.

En réalité un vrai travail sur soi pour perdre ses kilos commence toujours dans la tête !  Bien sûr l’intervention de Karine Lemarchand est simpliste lorsqu’elle dit à une jeune femme que son émotivité est responsable de son obésité. Heureusement que toutes les personnes émotives ne sont pas obèses. Là où il y du vrai c’est que cette femme qui pleure montre qu’elle est en souffrance.

Je suis gros et je souffre

Et que lui propose M6 face à cette souffrance ? La voix off parle de ce parcours comme « une mise à l’épreuve ». Comme « un très long chemin difficile ». Les jeunes femmes prennent leur dernier repas comme le dernier repas du condamné, « le dernier moment de plaisir gourmand ensemble » Aïe. Car selon l’émission elles vont devoir changer de régime alimentaire pour toute leur vie pour rester mince et jolies, avoir confiance en elles, être fiers d’elles.  Woaw. Quelle ineptie ! Et quel parcours du combattant. En fait ces femmes vont être heureuses, mais à condition de souffrir des contraintes toute leur vie. Ok donc on devrait repartir sur une définition du bonheur mais ce n’est pas le lieu.

Donc ces jeunes femmes qui souffrent depuis leur enfance, maltraitance, faillite… vont encore devoir souffrir pour être plus minces, pour être heureuse. Et se contraindre toute leur vie future. Et tout cela sur un fond de quand on veut on peut. Ouch ! Mais non en fait. Ce n’est pas quand on veut on peut. Car cela signifierait que toutes ces femmes ne le voulaient pas avant. Ahh bha oui, elles ont toutes choisies d’être obèses c’est bien connu. Elles ont toutes mangé ces pâtes que Karine Lemarchand montre avec dégoût. Et allez les gros plans sur les bonnes lasagnes bien grasses pour encourager la grossophobie de cette émission.

Les gros mangent trop gras

Le gras fait grossir ? Comme dirait mon mari avec cynisme, « ah bha oui faut pas s’étonner qu’elle soit grosse vu ce qu’elle mange ». Merci la prod de nous donner cette impression alors que c’est erroné. On ne devient pas obèse parce qu’on mange trop gras ou trop sucré. C’est faux. On peut perdre du poids tout en mangeant ce que l’on veut et comme on le veut sans se limiter. Si si, c’est possible. Maigrir ne veut plus dire ne plus manger gras, ni ne plus manger sucré en fait. Et quelle grossophobie que de véhiculer cette idée-là.

Cachez ce corps que je ne saurai voir

Le psychiatre, peut-être à force de ne pas être écouté, fini par nous dire une belle grosse bêtise comme on en entend rarement. Les femmes vont devoir se regarder dans la glace pour voir ce corps qu’elle vont perdre ( !!) au profit d’un autre corps. Oulà mais non !! C’est le même corps en fait ! Un corps qu’on peut chérir, aimer, caresser, apprivoiser, nourrir, embellir. Cette émission et ce psychiatre alimentent le besoin des téléspectateurs gros de penser que leur corps est nul, dégoûtant, qu’ils doivent s’en débarrasser au profit d’un autre plus mince, plus acceptable, plus aimable.

Le principe même d’un travail sur soi, son corps, son poids, est d’apprendre à aimer ce corps. Tout comme les corps des autres. Apprendre à voir à travers les bourrelets un corps aimable et désirable. Et oui c’est possible. Etonnant n’est-ce pas.

Ceux qui apportent des solutions

un livre et des études scientifiques ( ça rassure)

Je ne vais pas vous citer nombre d’études qui contredisent tous les régimes et leur soi-disant efficacité. Jean-Philippe Zermati le fait très bien dans son livre « Osez manger » . Son écriture assez américaine, à la manière des donneurs de solutions miracle est bien excusée par ce sentiment de liberté qui se dégage de ce livre.

Vous trouverez dedans toutes les études dont on ne parle pas sur le vrai risque des régimes et les fake news des fruits et légumes indispensables. Vous verrez dedans notamment qu’on peut perdre du poids en mangeant de la pizza et oui sans contrôle, il ne s’agit pas d’un repas joker, craquage ou bonus. Que manger des légumes peut faire grossir et se priver de sucres aussi.

Vous y lirez que l’addiction n’est pas alimentaire, mais qu’il s’agit d’une addiction au contrôle. Addiction malheureusement encouragée par Karine Lemarchand qui offre à Elody qui sort de son opération une balance. Mamma mia… Je ne suis pas contre les balances tout comme je ne suis pas contre perdre du poids. Mais pas brandie comme un juge pernicieux qui ne quittera plus la salle de bain.

Des professionnels formés et de plus en plus nombreux!

Je vous conseille également le collectif G.R.O.S. Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids, fondé par le psychiatre Apfeldorfer, ainsi que Waysfeld et Zermati. Ce collectif prend le problème à bras le corps et de la plus belle des manières. Avec tolérance, ouverture et solutions, il défend le besoin de lâcher le contrôle, lâcher les régimes et commencer une prise en charge par des professionnels formés à la thérapie nutritionnelle. Ils ont un site internet très bien fait et renseigné.

Accompagné,

Vous entrerez dans un nouveau monde. Un monde où les gros ne sont pas malades, où ils ne sont pas ridicules. Où ils ne sont pas désespérés non plus. Un monde de solutions autres que de parler de vos repas, de la quantité de légumes, féculents, que de votre activité physique. Que de ce contrôle que vous pouvez reprendre sur vous. Un monde de lâcher prise, où l’on vous remet entre les mains d’experts bienveillants et non grossophobes qui vont vous aider à vous aimer comme vous êtes pour petit à petit vous conduire comme vous aimer et parler de vous en positif.

Un monde où un jour, vous mangerez moins. Non par parce qu’on vous l’a conseillé. Ni parce que vous vous limitez. Mais par ce que vous vous sentirez mieux comme ça et n’aurez ni le besoin, ni l’envie de manger plus. Ou vous pourrez prendre au même repas du gras, du sucré, du salé tout en sachant que vous vous faites du bien et que vous ne grossissez plus.

J’écrirai un jour un article témoignant d’une prise en charge du surpoids telle que le G.R.O.S. le conseille et tel que vous pourrez le lire dans le livre cité plus haut. Une prise en charge où toutes les faims sont écoutées et respectées autant celles émotionnelles que celles nutritionnelles. Une prise en charge dont l’objectif n’est pas de perdre du poids mais pourtant en est le résultat.

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