Le Bore-out, ou la honte de l’ennui au travail

Ce matin j’ai décidé d’évoquer un mal-être lié au travail également, mais peu connu, le Bore-out. Alice Deroide, journaliste pour France Bleu Nord est venue au cabinet m’interviewer sur ce sujet peu connu. C’est ce qui m’a donné l’envie de vous alerter sur ce phénomène. En premier lieu je vous propose de lire ce fichier audio d’une minute.

Comme je commence à l’évoquer dans cet enregistrement, la recette du Bore-out est simple et a 3 aliments principaux : le manque de défi au travail, le désintérêt pour la tâche, l’ennui profond et permanent.

Les personnes les plus à risques ne sont pas celles qui doivent mener à bien une tâche concrète et spécifiques. Il s’agit plus de celles qui sont entourées de cadres ou employés plus énergiques et ambitieux qui s’emparent des tâches les plus gratifiantes et valorisantes. Sont ainsi à risques les personnes qui récupèrent les tâches ennuyeuses ou dévalorisantes.

Le travail est peu intéressant et la personne sous qualifiée pour la tâche. Le manager ne délègue pas assez ou il y a une mauvaise répartition des tâches. Selon Peter Werder et Philippe Rothlin, conseillers en organisation, l’absence de tâches signifiantes constitue plus que le stress, le principal problème de beaucoup de travailleurs.

Un phénomène caché

15% des employés souffrent du Bore-out et pourtant on n’en parle que très peu. Ce qui ennui psychologuepourrait expliquer ce mutisme autour du Bore-out doit être la honte qu’il suscite et l’incompréhension. En effet il est plus difficile à avouer que le Burnout tragiquement à la mode. Etre stressé et hyperactif fait – à tort ! – partie de la vie. Celui qui travaille beaucoup est valorisé par la société. Mais celui que n’a rien à faire ? Et bien qu’il profite, il en a de la chance. Alors qu’en réalité quelle honte de ne pas être utile comme ses collègues. C’est cette honte tant présente qui va pousser les personnes à la dissimuler via des activités personnelles : lire un livre, chercher du travail, faire des déplacements sans raison. Elles vont alors vivre dans le mensonge et devoir cacher leur inactivité. Le poids du licenciement est lourd, et le conflit de valeurs très proche.

« Je vais au travail et suis payé mais je suis un gros mensonge à moi tout seul. Mais si j’avoue, je risque de perdre mon travail, d’être ridiculisé. Et je semble n’être capable de rien faire donc chercher un autre travail est peine perdue. »

Du fait de la baisse d’estime de soi croissante. L’employé se trouve incapable de réclamer de l’activité ou de soulever le problème cachant ainsi le problème.

Des dommages dans le corps et dans la tête

Boreout Burnout ennui travail psychologieLa personne est incapable de participer au développement de l’entreprise. De ce fait n’utilise pas ses compétences et connaissances et n’obtient aucune reconnaissance.
« Personne ne reconnaît mes compétences, je ne sers plus à rien. On ne m’estime même plus capable de travailler. Je ne fais que des tâches insignifiantes. »
L’estime de soi professionnelle commence à chuter sérieusement. Elle emmène ensuite avec elle l’estime de soi personnelle. L’impression d’être inutile au travail déteint sur la famille. On abandonne les tâches administratives. On se sent mauvais conjoint, parent, ami.

Le Bore-Out provoque le même stress que son faux jumeau le Burnout et présente des symptômes semblables : ceux les plus remarquables par l’entourage sont la fatigue, et l’irritation. Mais sont présentes également l’insatisfaction, l’épuisement, l’ennui, la faible estime de soi. Tandis qu’au plus profond de soi s’installe sournoisement l’apathie. On devient indifférent aux émotions d’autrui, insensible à la passion et sans envie. Peut s’ensuivre alors une dépression même conséquence du Burnout non traité.

De lourdes conséquences pour l’entreprise

La charge financière est accrue car non seulement la productivité est en baisse mais le risque de congé maladie est élevé. Par ailleurs la personne développe une faible loyauté à l’entreprise. Or cette baisse de loyauté peut avoir de grave conséquences comme les comportements contre productifs : Vols, dégradations, concurrence déloyale…

Et moi ? Faites le test !

Combien de “oui” allez-vous répondre? :

Au travail, passez-vous du temps à des occupations personnelles ?

Êtes-vous sous-investi ou vous ennuyez-vous ?

Vous arrive-t-il de faire semblant de travailler alors que vous n’avez rien à faire ?

Êtes-vous fatigué le soir alors que votre journée n’a pas été stressante ?

Êtes-vous malheureux dans votre travail ?

Trouvez-vous que votre travail n’a pas de sens ?

Pourriez-vous finir votre travail plus vite que vous ne le faites ?

Vous préféreriez avoir un autre type de travail ?

Est-ce parce que vous gagneriez moins que vous avez peur de changer ?

Envoyez-vous des mails privés à des collègues de travail ?

Avez-vous peu ou pas d’intérêt pour votre travail ?

Il n’y a pas de moyenne permettant d’interpréter vos réponses car chacun le vit de façon différente. Mais je suis sûre que le nombre de « oui » répondu et votre ressenti en lisant cet article vous alarmeront si vous êtes effectivement en risque.

 

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Comment s’en sortir ?

Par l’analyse de la situation professionnelle l’entreprise peut trouver une solution avec l’employé. Si aucune solution n’est trouvée au sein de l’entreprise c’est ailleurs qu’elle réside. Arrive alors la nécessité de changer d’emploi. Hélas la crise alliée à la baisse d’estime de soi rendent cette décision tellement difficile à prendre que peu quittent leur emploi et risque une dépression.

Alors surtout, parlez-en à votre entourage, à ceux qui comptent pour vous. Ils vous redonneront confiance et estime de vous. Et c’est fort de cela que vous changerez de vie.

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